David Samzun : « Je n’ai jamais eu de contact avec Madame Josso ! »


Une mission gouvernementale sur la taxe éolienne qui oublie d’auditionner un acteur majeur du dossier !

Le gouvernement vient de décider de revoir le mode de calcul de la taxe sur les éoliennes en mer versée aux communes. En résumé, à l’origine le mode de calcul devait se faire sur la population INSEE. Finalement, le nouveau calcul prendra en compte les résidences secondaires. Dans ce contexte, on comprend vite qu’une ville comme Saint-Nazaire est perdante, alors que des communes comme La Baule, Le Pouliguen ou Batz-sur-Mer sont gagnantes… La dotation globale annuelle pour toutes les communes concernées est estimée à 4,5 M€. Avec un calcul basé sur la population INSEE, Saint-Nazaire devait toucher 1 275 524 €. Avec la population "DGF" (qui tient compte des résidences secondaires) et sans augmentation de l’enveloppe globale, le montant serait de 1 033 005 €. Soit une perte de 242 519 €.

David Samzun, maire de Saint-Nazaire, était l’invité de Yannick Urrien lundi 9 janvier 2023 sur Kernews : « Je ne suis pas content, mais cela ne nous empêche pas de travailler ensemble, et de collaborer le mieux possible avec toutes les villes voisines, mais, quand ça va, je le dis, et, quand ça ne va pas, je considère qu’il y a une injustice, je le dis. Je suis colère parce que le gouvernement s’apprête à modifier les règles de ventilation de la taxe concernant les éoliennes au large de Saint-Nazaire et de sa presqu’île. Avant la visite du président de la République, il y avait un décret d’application qui permettait de ventiler 50 % du produit de cette taxe, en prenant en compte la population des hommes et des femmes qui vivent à l’année. Depuis la nomination de la députée que vous connaissez bien, Madame Josso, sur l’animation d’une commission qui devait soi-disant trouver un compromis, à ma connaissance cette commission n’a jamais été réunie, en tout cas, je n’ai jamais eu de contact avec Madame Josso, donc on remet en cause ce critère en intégrant les résidents secondaires. Finalement, Saint-Nazaire perd 20 % de cette taxe au profit de La Baule ».

 Madame Josso a été irrespectueuse à l’égard des Nazairiennes et des Nazairiens !

Au-delà du choix politique d’intégrer ou non les résidents secondaires, David Samzun dénonce un changement des règles en cours de partie et surtout le fait de n’avoir jamais été auditionné par la députée missionnée par le gouvernement : « Je n’ai jamais eu de contact avec la députée Madame Josso, pas de près, pas de loin, je n’ai jamais vu aucune expression de sa part, par contre à l’Assemblée nationale, sur le PV du 30 novembre 2002, elle dépose un amendement numéro 428. La moindre des choses, la moindre des courtoisies républicaines, cela aurait été d’animer cette commission, même si nous n’étions pas d’accord. Voilà ce qui me fait dire que c’est un cadeau entre copains et copines de la presqu’île, puisque cela vient du gouvernement. Ce sont des arrangements entre amis au détriment de la ville industrielle que j’ai grand honneur de piloter. Sur le fond, je n’ai rien contre les résidents secondaires, mais cela ne changera rien au quotidien de ces hommes et de ces femmes ». David Samzun ajoute : « Madame Josso a été irrespectueuse à l’égard des Nazairiennes et des Nazairiens ! »

Un arrangement entre copains et copines 

Une personne missionnée par un gouvernement pour analyser un dossier et écouter toutes les parties qui prend une décision sans avoir pris le moindre contact avec un acteur essentiel : est-ce un motif de plainte au Conseil d’État pour demander la révision de ce texte ? En tout cas, sur le plan démocratique, ce sujet indigne de nombreux Nazairiens. David Samzun entend bien le faire savoir : « Madame Josso n’a jamais réuni cette commission, en tout cas, je n’y ai jamais participé, je n’y ai jamais été invité, je n’ai jamais eu un seul échange avec elle, c’est bien ce qui me fait dire que c’est un arrangement entre copains et copines. » Le maire de Saint-Nazaire ajoute que la ville a payé son tribut à l’installation des éoliennes : « Cette ville de Saint-Nazaire, elle a certes assemblé ses éoliennes, mais elle a fermé une plage pendant plus d’un an et demi, elle a détruit, défoncée, trouée des trottoirs et des routes pour passer un câble électrique, dont il a fallu expliquer à la population cette nuisance. Quand on intervient sur un trottoir, on explique à la population que c’est pour plus de confort et que ce sera mieux demain, ce n’était pas le cas puisque l’ensemble des routes et des trottoirs étaient neufs sur l’ouest de Saint-Nazaire. Nous l’avons fait au service de la transition énergétique, au service de l’industrie et au service de l’emploi. Voilà pourquoi je demande une répartition juste du produit de cette taxe. »

 Pas de soutien à Olivier Faure

David Samzun évoque également la situation politique : « Je suis un homme de gauche, j’ai adhéré au Parti socialiste à 18 ans, en 1988, c’est la génération Mitterrand, j’ai milité au parti au sein des clubs rocardiens. Je suis aujourd’hui adhérent du Parti socialiste, ayant ma carte, mais je ne suis plus un maire socialiste au sens où Olivier Faure m’a retiré le poing et la rose dans la période de campagne électorale et tout le monde sait pourquoi. Cela ne m’empêche pas d’avoir beaucoup de respect pour la section du Parti socialiste. Je suis triste de voir l’état de la gauche dans sa radicalité et je ne crois pas à la radicalité et au grand soir. Je suis un Européen convaincu, je crois en la social-démocratie, donc cette gauche a encore un avenir. Dans ce congrès du Parti socialiste, je ne voterai certainement pas Olivier Faure ».

Éoliennes : le communiqué de David Samzun, maire de Saint-Nazaire.

Saint-Nazaire peut se féliciter d’accueillir le premier Parc éolien maritime de France. Symbole de la lutte contre le réchauffement climatique, de la volonté d’indépendance énergétique de notre pays, de notre mobilisation industrielle, de nos ambitions maritimes enfin concrétisées.

Depuis des années, Saint-Nazaire et son bassin se préparent pour réussir cette grande aventure industrielle au service de la transition écologique que représente la filière des énergies maritimes renouvelables. Du consensus des acteurs maritimes à la mobilisation des industries locales, en passant par les travaux dans la ville, toutes et tous ont œuvré pour produire et installer les 80 éoliennes qui composent désormais le Parc de Saint-Nazaire.

Le Président de la République, venu inaugurer ce parc cet été en profita pour annoncer une loi relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables. Excellente nouvelle, quand on sait le potentiel de la France avec 3 500 km de côtes. Elle dispose du deuxième gisement de vent d’Europe et les acteurs économiques, France Énergie Éolienne et le Syndicat des Énergies Renouvelables, affirment qu’une capacité d’au moins 50 GW en 2050 est atteignable et réaliste. Le Port de Nantes-Saint-Nazaire est prêt à y prendre toute sa part. Résolument.

Et pourtant, alors même que nous semblons prendre le bon chemin en terme de lutte contre le réchauffement climatique, de réindustrialisation et de création d’emploi, je suis un maire qui entend exprimer son incompréhension et sa colère.

Pourquoi cela ? Parce qu’au détour de l’examen par le Parlement de la loi relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables, les parlementaires de la majorité ont joué avec les symboles. Ils ont introduit, au débotté et sans concertation, un nouveau mode de calcul de la répartition de la taxe sur les éoliennes maritimes. Pourquoi ? L’exposé des motifs de l’amendement n°428 est clair : il s’agit d’apporter plus de bénéfices aux communes riveraines du projet ayant de nombreuses résidences secondaires, au détriment des autres.

 Voilà l’objet de ma colère. Il est en apparence modeste. C’est le propre des symboles.

Je ne peux en effet me faire à l’idée que, dans ce pays, en pleine crise énergétique et face à une immense crise du logement, de riches propriétaires de résidences secondaires face mer réussissent à installer l’idée qu’ils seraient lésés par la vue de quelques éoliennes. Mais concrètement, lésés de quoi ? Leur vie quotidienne n’est en rien changée. Leur préoccupation principale est l’éventuelle dévalorisation de leur patrimoine quand ils le revendront à encore plus nanti qu’eux ? Et cela justifierait que l’Etat s’en préoccupe au gré d’un dédommagement versé au budget de leur collectivité de villégiature… Ce même État qui se fait le défenseur d’une démarche de Zéro artificialisation nette et incite à l’économie des fonciers. Ce même État qui souligne, année après année, les carences manifestes de ces communes littorales en termes de productions de logement social ?

Pour un élu viscéralement attaché au logement pour toutes et tous, fier de loger des travailleurs et des travailleuses au plus près de leurs emplois, qu’ils soient industriels ou de services, qu’ils travaillent dans notre agglomération ou chez nos voisins de La Baule, c’est un geste profondément insultant. Le fossé entre les ultras riches et le monde du travail et de la production se révèle aussi dans ce type de situations.

J’écris cette tribune en ayant le sentiment d’être au cœur de la bataille. Pour la réindustrialisation de la France et la défense de l’emploi ouvrier, alors que la pandémie de Covid19 a mis à nu nos fragilités. Pour la transition énergétique et le retour d’une plus grande souveraineté de notre pays, alors que la guerre en Ukraine révèle nos dépendances et que le pays craint des coupures de courant. Pour une société apaisée, où le travail paye et où tous les citoyens sont traités à égalité, vivent ensemble, quand la crise des Gilets Jaunes a montré les fractures, qu’une injuste réforme des retraites va faire ressurgir.

Profondément attaché au pacte républicain et à la concorde, je ne peux me résoudre à passer ce type de décision sous silence. Je reste mobilisé, avec les acteurs du territoire. Nous sommes toujours au combat. La loi n’est pas encore votée. Nous espérons la cohérence et le sursaut.

David Samzun, maire de Saint-Nazaire

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