Marc-Gabriel Draghi : « Nous allons vers la fin de la détention de la petite propriété. »


Marc Gabriel Draghi est juriste et spécialisé dans l’histoire du droit. Il a longuement analysé les travaux du Forum de Davos, le livre de Klaus Schwab et les différentes études de la Banque mondiale ou du FMI pour écrire son dernier ouvrage sur « la grande réinitialisation ». La paupérisation par la dette des populations déjà exsangues aura pour effet de nous faire basculer dans ce monde rêvé par Klaus Schwab, le fondateur de Davos, selon lequel « on ne possédera plus rien et on sera heureux ».

« Le Grand Reset en marche ! 2020 : An 1 du nouvel ordre mondial » de Marc-Gabriel Draghi est publié aux Éditions Albouraq.

Kernews : Vous analysez les conséquences de la mise en place de la monnaie numérique, en reprenant de nombreuses références dans les discours des banquiers centraux et des dirigeants politiques. On comprend très vite que cela va révolutionner notre rapport à la propriété privée. Ne craignez-vous pas d’être qualifié de complotiste lorsque vous évoquez ce sujet sensible ?

Marc-Gabriel Draghi : Aujourd’hui, être complotiste, c’est presque une récompense puisque l’on s’est aperçu que ce sont des gens qui ont eu raison avec six mois d’avance ! Les différents anathèmes que l’on peut coller aux analystes qui sont hors des sentiers battus ne me posent pas vraiment de souci. Ce qui compte, c’est l’analyse et que le message délivré repose sur quelque chose de tangible et de réel. Pour faire mon travail, je me réfère toujours aux sources officielles, comme le site de la Banque des règlements internationaux, ou le support intellectuel du Forum économique mondial, la plate-forme Intelligence stratégique, qui regroupe tous les travaux du Forum avec les publications de tous les articles de presse internationaux. On peut parler de la monnaie numérique des banques centrales, mais aussi des infrastructures électriques, de la dette ou de l’agriculture mondiale. Je vais directement à la source. Ce sont des sites officiels qui sont accessibles à tout le monde et mes ouvrages ont été construits sur des sources vérifiables et disponibles en ligne.

Dans les années 70, certains estimaient possible de ne plus travailler et de vivre d’amour et d’eau fraîche. Il y a cette nouvelle utopie qui consiste à penser que personne ne possédera plus rien dans le monde de demain et que nous serons tous les enfants d’un État bienveillant qui nous éduquera, nous garantira un toit et de la nourriture, et s’occupera de nos vacances. N’est-ce pas finalement un monde rêvé par certains ?

C’est exactement cela. Pour reprendre l’architecture conceptuelle et doctrinale de Klaus Schwab, qui est une forme de léninisme, on est clairement dans l’utopie des élites. La grande réinitialisation est bien appliquée depuis 2020. On est dans une utopie visant à déresponsabiliser les populations. La première attaque vise les indépendants, notamment les commerçants et les artisans, mais aussi les petits industriels, puisque le but est de liquider les gens qui sont encore économiquement trop libres, parce qu’ils sont politiquement aussi libres. Ces gens doivent rejoindre les masses serviles qui dépendent d’un revenu ou des prébendes de l’État, comme peut-être demain avec le revenu universel. Ce système n’est pas très éloigné de la vision soviétique du monde, avec un État qui contrôle chaque individu dans chaque secteur de sa vie, de la santé à l’éducation, en passant par le travail. Ce n’est pas le capitalisme traditionnel du bon père de famille. On est dans une phase d’illusion et de concentration ultime des richesses et cela passe par la spoliation des classes moyennes. Tout le monde peut constater que nous sommes entrés dans une phase de liquidation complète de la classe moyenne.

 Pourtant, lorsqu'il y a des problèmes sectoriels, par exemple au moment du confinement ou avec la crise de l’énergie, le gouvernement débloque des aides pour les petites entreprises. Il y a aussi des plans gouvernementaux pour dynamiser les commerces indépendants, notamment dans les petites villes. Les faits ne démontrent-ils pas parfois le contraire ?

C’est un peu de la poudre aux yeux, car on n’aide pas les artisans et les commerçants avec des subventions ou des PGE, tout cela n’a qu’un effet conjoncturel. On pourrait commencer par la prise de pouvoir de François Mitterrand, avec une attaque en règle contre le monde des producteurs, et maintenant avec Emmanuel Macron. Évidemment, il y a des mesures marketing qui sont prises à tous les niveaux de la sphère publique, avec des distributions de subventions. Mais, en réalité, ils ne font rien pour protéger tous ceux qui produisent de la valeur ajoutée.

On ne peut pas suspecter Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, de ne pas être sincère lorsqu'il dit qu’il veut aider les petites entreprises. Faut-il penser qu’il est noyé par un système qui le dépasse et qu’il n’a plus vraiment de pouvoir ?

Effectivement, nos gouvernants n’ont pratiquement plus de pouvoir. Il y a derrière des gens qui maîtrisent les grandes tendances économiques et nos exécutants ont une très faible capacité d’action. Par exemple, le ministre de l’Économie en France est pieds et poings liés sur de nombreux sujets et il a une capacité d’action limitée.

Dans les années 70, si le ministre des Finances de l’Ouganda voulait défendre son propre système financier, il était impuissant face au vent de l’économie mondiale…

C’est une bonne comparaison, que j’ai faite dans mon premier livre. La France est en voie de tiers-mondisation et nos dirigeants politiques sont presque dans la situation de certains dirigeants africains qui souhaitaient se défaire de la tutelle du Fonds monétaire international. Ce sont ces entités privées qui ont exigé une restructuration des États et des économies au profit d’entités supérieures. Pour se libérer de tout cela, il faudrait entreprendre des chocs de sidération qui seraient douloureux.

Vous évoquez la monnaie numérique, avec le système de la blockchain, en expliquant que ce sera bien autre chose qu’un simple portefeuille électronique : si vous retirez 100 € dans votre banque, les billets ne donneront-ils pas les mêmes droits à certaines personnes ?

La problématique de l’euro numérique est que c’est une monnaie numérique programmable. Comme vous le dites, le volet politique est terrifiant. La Chine vient d’expliquer que le yuan numérique serait limité dans le temps et que les détenteurs auront l’obligation de dépenser leur argent jusqu’à un certain délai... Ce qui empêche toute possibilité d’épargner ! La monnaie numérique va sûrement apparaître en cohabitation avec les espèces et les moyens de paiement que nous connaissons actuellement, mais elle permettra aux banquiers centraux de jouer totalement sur plusieurs facteurs. Si une personne souhaite acheter tel ou tel produit, on pourra lui répondre que sa note de crédit social est trop basse et qu'elle ne pourra pas acquérir un appareil qui serait trop polluant... Si l'on imagine une grande dépression, entre les montagnes de dettes, l’hyperinflation et la récession qui arrivent, ce sont des facteurs qui vont très rapidement nous emmener dans une économie dévastée.

Si, demain, on établissait un quota d’essence, ce serait une idée populaire pour 80 % de la population, alors ravie de pénaliser ceux qui prennent leur voiture tous les week-ends…

Les mesures de la grande réinitialisation, comme l’a expliqué Klaus Schwab, doivent être accompagnées de récits et de narrations. On a bien vu, au moment de la crise de la Covid, qu’un narratif a été mis en place pour qu’une partie de la population accepte certaines mesures. La grande réinitialisation va s’accompagner de récits mis en place par les gouvernements. Ces narrations pourront avoir des aspects agréables pour les populations, comme l’a été le passe sanitaire permettant d’aller dans les cafés et les restaurants, puisque c’était un système de gratification : on récompense les gens qui ont fait l’effort de se faire vacciner... On pourrait imaginer le même système. Toutes les personnes qui prennent le vélo pour aller travailler pourraient, par exemple, recevoir une subvention verte. On voit qu’il y a un consentement des populations et, dans son dernier livre, Klaus Schwab explique très bien que les mesures du programme politique de la grande réinitialisation doivent impérativement être accompagnées d’un narratif visant à faire accepter ce fameux slogan : « En 2030 vous ne posséderez plus rien, mais vous serez heureux ».

D’ailleurs, beaucoup de gens commencent déjà à suivre ce modèle en privilégiant l’économie de la location, que ce soit pour le logement, le mode de déplacement, l’électroménager, ou même l’habillement…

Ce sera un débat fondamental au cours des prochaines années. Le droit de propriété va être restreint sur de nombreux aspects, puisque la propriété entraîne la responsabilité. Si l'on va vers une société où il n’y a plus que des locataires, on s’approche de l’esclavage et on s’approche surtout de l’irresponsabilité : donc un transfert de responsabilité vers un État tout-puissant. On ne sera vraiment pas loin de 1984 de George Orwell. Malheureusement, ce monde d’après arrivera d’ici à 2030. Il va y avoir plusieurs sidérations, comme il y a eu la sidération Covid, et certains disent que ce sera un black-out généralisé qui va entraîner un effondrement du confort occidental. Quand on regarde les travaux du Forum économique mondial, on voit bien qu’ils se préparent à un grand événement de sidération : c’est-à-dire quelque chose qui va nous empêcher de revenir à la vie normale. D’ailleurs, Klaus Schwab a bien écrit que plus rien ne serait comme avant. On voit bien la communication du gouvernement depuis des années et c’est toujours la même stratégie : faire peur et rassurer, faire peur et rassurer… Ce sont des techniques d’ingénierie sociale. Je pense vraiment qu’il va y avoir un événement qui va sidérer les populations et entraîner une adhésion de masse à ce programme politique mondial.

Ce ne sera pas comme en 1929, cela se fera en contrepartie d’une protection minimale de chaque citoyen…

J’explique que nous allons vers la fin de la détention de la petite propriété. Cela peut arriver très rapidement, mais le gouvernement ne va pas mettre les gens à la rue, parce qu’il y aura potentiellement un risque de révolte plus important. C’est une théorie que je développe. Je me base sur des orientations écrites au Forum économique mondial. En Occident, on nous explique que la petite maison avec un jardin c’est bientôt terminé parce que cela pollue trop : c’est une ancienne ministre du Logement qui a dit cela... Par la fiscalité, en augmentant régulièrement la taxe foncière, on peut potentiellement exproprier les gens. Si l'on est dans une grande dépression, on pourra dire aux gens : « Vous restez propriétaires du bâti, mais l’État ou la commune va reprendre en main le foncier à travers un bail emphytéotique ». C’est quelque chose qui peut très bien être mis en place sur les résidences principales dans l’hypothèse d’une hausse de la taxe foncière et c’est déjà débattu par les pouvoirs publics. On va permettre aux gens de rester chez eux, mais la propriété foncière passera entre les mains de la collectivité.

N'y aura-t-il pas quand même des États qui resteront à l’abri de cette grande réinitialisation ?

Concrètement, aujourd’hui, les Français sont des privilégiés dans le monde. On est dans un pays très confortable. Il y a des services publics qui fonctionnent, même si c’est de moins en moins le cas, mais il faut être honnête et reconnaître que nous sommes un pays privilégié. Ce mouvement de domestication des populations par l’intermédiaire des États est mondial. Il y a parfois des politiques qui ont des intérêts nationaux ou régionaux et, même en France, il y a une partie de la population qui a cette capacité de défense. D’ailleurs, certaines mesures ne se sont pas appliquées, comme la vaccination obligatoire qui devait entrer dans l’agenda. Cela n’a pas été mis en œuvre, en raison de l’opposition de certains corps intermédiaires. Il ne faut pas être manichéen et chaque partie du monde peut être plus ou moins préservée. Donc, c’est un combat pour nos libertés que nous devons tous mener. Mais, pour répondre à votre question, c’est clairement l’Europe qui est visée pour la liquidation de sa classe moyenne.

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